Novembre 2017 - Trauma, émotion, et fonctionnement cognitif au Rwanda : Conséquences pour la reconstruction post-conflit

Le jeudi 23 novembre 2017 à 16H30 - Université Paris 8 en salle C008 bis

Trauma, émotion, et fonctionnement cognitif au Rwanda : Conséquences pour la reconstruction post-conflit

Serge Caparos1, Eugène Rutembesa2, Emmanuel Habimana3, & Isabelle Blanchette3

1 Maître de conférences HDR - Université de Nîmes

https://sites.google.com/site/sergecaparos/

2 University of Rwanda

3 Université du Québec à Trois-Rivières

On dit souvent, à tort ou à raison, que deux choses caractérisent l’espèce humaine : nos processus cognitifs complexes et nos émotions. La psychologie cognitive est longtemps restée imperméable à la question des émotions, comme si la cognition était protégée de l’effet des émotions. La recherche empirique n’a que très récemment commencé à explorer comment émotions et cognition interagissent.

Nos travaux s’intéressent à la question des liens entre trauma, générateur d’émotions intenses, et fonctionnement cognitif : mémoire à court terme et pensée analytique. L’impact des expériences potentiellement traumatiques a surtout été étudié du point de vue de la pathologie, malgré le fait que seule une minorité d’individus développera un trouble psychopathologique suite à de telles expériences (Blanchette & Richards, 2010). On comprend encore très peu comment les émotions intenses affectent le fonctionnement cognitif dans un cadre non-pathologique.

Nos travaux ont pour objectif de documenter les conséquences sociétales des effets du trauma sur la cognition. Ils prennent place dans un contexte non-occidental, parmi les populations les plus exposées au trauma mais les moins étudiées en psychologie : les populations vivant dans des pays en développement soumis à la violence politique de masse. Ces populations se situent principalement dans des pays pauvres, en Afrique ou en Asie, où la recherche en psychologie est très peu présente. Notre objet d’étude est ici le Rwanda, pays d’Afrique Centrale ayant subi l’un des plus graves génocides du 20ème siècle, le génocide perpétré contre les Tutsis. Nous montrons comment le fonctionnement cognitif des populations est affecté par l’exposition traumatique, et comment cet effet est susceptible d’influencer la reconstruction post-conflit et le retour à une paix durable.